Mata [CINEMA - 2160P - DD 5.1]

Blessée lors d’une opération clandestine au Niger, Mata, agente du service action de la DGSE perd la trace d’Antoine, son compagnon capturé sur place. À son retour, elle est affectée à la Sécurité Intérieure du Territoire et se saisit d’une mission de contre-espionnage dans les Alpes : une ombre semble relier ce dossier à l’embuscade en Afrique. Convaincue que ses supérieurs lui dissimulent des informations et hantée par la captivité d'Antoine elle se lance dans une course contre la montre hors de tout cadre officiel… au risque de tout perdre.
Un bon film d’action
et d’espionnage français
n’est pas si courant :
avec MATA, Rachel Lang
signe un thriller remarquablement bien huilé,
porté par un casting exceptionnel,
un scénario impeccable
et une mise en image inspirée
autour d’une remarquable Eye Haïdara.
Après Baden Baden et Mon légionnaire,
Rachel Lang, également officière de réserve
de l’armée française, prolonge
son exploration du monde militaire
en pénétrant cette fois dans l’univers cloisonné
des services de renseignement.
Plutôt que le spectaculaire, MATA
choisit l’incertitude,
les silences et la surveillance,
suivant au plus près le visage fermé
d’Eye Haïdara,
entourée notamment de Joséphine Japy,
et Mélanie Laurent.
La photographie froide de Romain Lacourbas
oppose bureaux compartimentés,
architectures impersonnelles
et grands espaces extérieurs,
donnant au film une élégance
resque clinique qui accompagne
l’isolement croissant de son héroïne.
Cette mise en scène place moins l’action
que la perception au centre du récit,
chaque regard, chaque information incomplète
et chaque changement de décor
nourrissant progressivement un sentiment
de paranoïa et l’impression que Mata
ne maîtrise qu’une infime partie
d’un système beaucoup plus vaste.
La musique électronique
et discrètement anxiogène
de Yuksek, déjà remarquable
dans Les Fantômes de Jonathan Millet,
accompagne davantage
les mouvements intérieurs de Mata
que les scènes d’action
et renforce cette impression
permanente de danger contenu.
Eye Haïdara adopte un jeu volontairement retenu,
tandis que Joséphine Japy apporte
une énergie plus spontanée
et que Raphaël Personnaz, parfois davantage
présence mentale que physique,
nourrit la dimension intime du récit.
MATA devient finalement moins un film d’action
qu’un thriller mental et mélancolique
sur l’impossibilité de tout savoir,
où Rachel Lang utilise les codes du cinéma d’espionnage
pour observer une femme confrontée au deuil,
au doute et à une institution
qui ne lui livre jamais toutes les pièces du puzzle.
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